BIENÊTRE ET SANTE: QUELLE SOLUTION ?

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Aux côtés des organisations juives, plusieurs organisations musulmanes bruxelloises et wallonnes déposent plainte contre l’interdiction de l’abattage rituel à la Cour Constitutionnelle. Cette interdiction ne sert les intérêts que des supermarchés et des associations agricoles comme le Boerenbond.

Le journal De Morgen en d’autres médias flamands annonçaient le 21/12/2017 que l’asbl ‘Islamitisch Offerfeest Antwerpen’ avait déposé une plainte auprès de la Cour Constitutionnelle, avec le soutien de l’Union des Mosquées à Bruxelles et à Anvers, ainsi que de la Plateforme des Musulmans de Belgique. L’Exécutif des Musulmans de Belgique, le Conseil de Coordination des Institutions Islamiques de Belgique (CIB) et les instances religieuses de la communauté islamique belge réunies s’adressent tous à la Cour Constitutionnelle.

En 2017, déjà, ces organisations déposaient plainte contre l’interdiction wallonne, maintenant aussi contre le décret flamand. La plainte argumente la liberté de culte et regrette que seule la pratique de la chasse se voit accorder la dérogation prévue dans la réglementation européenne. L’argument du bienêtre animal d’étourdir (=fracasser le crâne) préalablement est insuffisamment prouvé.

ARGUMENT ÉCONOMIQUE

La plainte contient également un côté économique. Par cette interdiction, les organisations d’abattage juives et islamiques seraient obligées de fermer leurs portes, selon Abdelkader Alami de l’asbl Islamitisch Offerfeest. « Le Boerenbond contrôle déjà 80% du marché des bovins. Bien entendu, il voudrait aussi mettre la  main sur le marché halal. » d’après Alami.
Alami n’est pas étonné que le précédent président du Boerenbond, Piet Vanthemsche, n’est pas abouti à un accord soutenu par les associations de culte en Flandre. En mars, Vanthemsche annonçait qu’il avait obtenu un accord, mais le même jour l’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) déclarait qu’il n’était pas question d’accord. Le Conseil des Théologiens avait jugé que même l’étourdissement électrique post-égorgement était une violation des recommandations religieuses. « Vanthemsche est passé voir l’EMB mais celui-ci se sentait sous pression », d’après Michel Dardenne du nouveau parti SALEM.

Ce ne sont pas seulement les organisations musulmanes qui déposent plainte, le Comité de Coordination des Organisations Juives en Belgique a aussi agi auprès de la Cour Constitutionnelle. Même si les juifs ont d’autres pratiques, leurs arguments sont similaires. D’après Philippe Markiewicz, du Consistoire Israélite, les juifs ne veulent pas de débat dans les médias, mais plutôt devant un juge, pour éviter les polémiques et qu’une décision juste soit adoptée.

PARTI POLITIQUE

Michel Dardenne en pense autrement. La protestation contre l’interdiction est si largement portée par les musulmans, qu’il est temps que les croyants soutiennent maintenant le parti politique SALEM qui participera aux prochaines élections communales de 2018. La plupart des acteurs politiques traditionnels, dont les ministres flamand, bruxellois et wallon du bienêtre animal, Ben Weyts (N-VA), Bianca Debaets (CD&V) et Carlo DI ANTONIO (CDH), ne pensent pas ainsi et veulent imposer aux croyants des mœurs alimentaires en contradiction avec la pratique de leur religion. Les chrétiens aussi, par le biais d’un communiqué conjoint le 11/05/2017 du Cardinal Jozef De Kesel (Église catholique), du Pasteur Geert W. Lorein (Églises protestantes évangéliques), du Métropolite Athénagoras Peckstadt (Église orthodoxe), du Pasteur S. Fuite, Président de l’Eglise Protestante Unie de Belgique et de Canon Jack McDonald (Église anglicane), avaient déjà exprimé leur désapprobation par rapport à cette interdiction de la saignée ou abattage rituel.

ARGUMENT SCIENTIFIQUE

Michel Dardenne est fils et père de médecin et s’intéresse beaucoup à la science. Ce sujet de l’abattage rituel l’a donc perturbé en début de débat, lorsqu’on opposait bienêtre animal et liberté de culte. On peut de façon simpliste estimer qu’un humain a plus de droit qu’un animal, et le débat est clos. Mais les associations qui défendent les animaux parlent d’ordre public, les juifs et les musulmans rétorquent de même. C’est ce point précis qui a motivé SALEM d’approfondir la science sur le sujet, qu’en disent les spécialistes, y a-t-il des études sérieuses sur le sujet ? En fait, le camp des religieux ont parfois de meilleurs arguments que les défenseurs des animaux, mais le débat public est mort. Seuls ceux qui font le plus de bruits sont entendus dans les parlements, sans aucune garantie de bon sens ni de vérité. Des neurologues belges se sont prononcés, l’égorgement ou la saignée est indolore et éteint systématiquement la matrice de la douleur, alors que l’étourdissement, mot doux pour fracassement du crâne, est une étape supplémentaire douloureuse qui ne prouve pas son efficacité. Des universités allemandes, anglaises ou australiennes suivent ce point de vue, sur base d’études pratiques très sophistiquées. Mais les opinions divergentes ont du mal à s’entendre sur une solution.

QUELLE SOLUTION ?

A long terme, la solution ne peut pas être purement juridique. Le dialogue entre les partisans et opposants de l’abattage rituel doit reprendre sur des bases scientifiques. L’opinion publique et donc la politique se base aujourd’hui sur la thèse de Gaia, qui prétend que l’abattage rituel est plus douloureux pour les animaux que l’abattage industriel avec étourdissement, et rien n’est moins sûr. Les positions scientifiques divergent et chaque camp a ses arguments. La politique devra donc en revenir à demander une étude plus claire, en collaboration avec les croyants, les défenseurs des animaux et même les industriels, non pour un compromis, auquel tout le monde perd, mais pour un consensus, pour que tout le monde soit gagnant.

Michel DARDENNE